Les bonnes pratiques en sociofinancement

Le sociofinancement («crowdfunding») est en voie de devenir une alternative tout à fait sérieuse aux sources de financement traditionnelles dans le secteur de la production de contenus.  Qui pourrait s’en plaindre?

Le Social Media Monthly a fait du sociofinancement son sujet du mois de mai 2012 :

Kickstarter, la célèbre plateforme de sociofinancement américaine ne cesse de faire les manchettes depuis quelques mois.   D’abord, il y a eu Sundance qui a annoncé que 10% des films de sa sélection officielle étaient en tout ou en partie financés par Kickstarter.

Ensuite, coup sur coup, deux entreprises de jeux vidéo ont fait les manchettes  pour avoir dépassé le cap d’un million de dollars lors de leurs levées de financement.    Et, plus récemment, le cas d’une jeune entreprise qui a conçu la montre Pebble a amassé l’impressionnante somme de 10 millions de dollars en moins de 30 jours devenant du même coup le projet le plus « riche » de la récente histoire du sociofinancement.

Jusqu’à récemment un phénomène relativement marginal qui permettait à certains promoteurs de projets de lancer des initiatives modestes, le sociofinancement ne peut plus être ignoré.  La récente décision du Congrès américain  qui permet aux entreprises en démarrage d’accéder au sociofinancement en est un exemple patent.

Plus près de nous, les créateurs de projets canadiens souhaitent également profiter de ce nouveau mécanisme.  Bien qu’il existe des plateformes de sociofinacement oeuvrant au Canada (Haricot, Smallchange, Touscoprod); certains Canadiens sont tentés par l’incontournable Kickstarter.  À ce sujet, une récente conférence aux HOTDOCS  a permis à tous ceux qui considèrent cette alternative d’entendre quelques conseils.

Lors de cette présentation intitulée « Best Practices in Canadian Crowdfunding », Richard Hanet, partenaire du cabinet d’avocats Lewis Birnberg Hanet LLP a rappelé ces quelques principes :

  1. Faites attention à la nature des montants que vous      collectez. Cet élément est central dans la stratégie de sociofinancement.  Les créateurs canadiens doivent savoir      que tout montant reçu par une plateforme comme Kickstarter sera considéré comme un revenu imposable ET taxable dès son entrée au pays.  De même, un tel apport d’argent dans la  structure financière est considéré comme une « aide » selon la loi fédérale qui régit les crédits d’impôt, obligeant le producteur à réduire l’apport de ces crédits dans sa structure de financement.  Ce qu’on croit donc gagner d’un côté pourrait être perdu autrement.
  2. Assurez-vous d’avoir une chaîne de titres conforme aux      exigences canadiennes. Dans le cadre des échanges que font les producteurs  avec  leurs « contributeurs »,  il arrive que certains cèdent des titres au générique ou même des droits.  Ces stratégies d’échanges sont à éviter. Non seulement pour des questions de droits, mais également à cause des règles de certification du bureau de certification des productions audiovisuelles canadiennes (BCPAC) auquel sont soumises les productions canadiennes.
  3. Assurez-vous d’avoir un bon contrat pour votre      « antenne » américaine. Un site comme Kickstarter exige que  le promoteur du projet ait une adresse, un compte de banque et un numéro d’entreprise américains.  Par conséquent, les      producteurs canadiens doivent forcément passer par une entente avec une      entité américaine. « Évitez les amis et les beaux-frères » conseille l’avocat.  Établissez un contrat en  bonne et due forme avec une entité américaine et – idéalement- avec un  distributeur.  Ainsi, l’argent qui sera collecté via le sociofinancement sera considéré comme une avance de distribution et les problèmes cités ci-dessus pourraient être évités.
  4. Finalement, réfléchissez bien aux coûts de vos échanges. Comme le mentionne Hanet : « C’est bien d’offrir un t-shirt contre 10$ pour votre film; mais s’il vous en coûte 4,50$ pour le fabriquer; 17$ de poste et 10$ de douanes pour l’envoyer à votre contributeur qui se trouve en Autriche…vous êtes perdant »
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TENDANCES 2012: L’heure de la coopétition

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

« Plus les consommateurs adoptent de nouvelles technologies, plus ils sont à l’aise à l’idée d’accéder au contenu désiré sur une pléthore d’écrans, et plus ils s’attendent à une expérience multiplateforme homogène.  Les entreprises les mieux outillées pour répondre à ces attentes sont celles qui peuvent proposer à la fois la plateforme, le logiciel, le contenu et les mécanismes d’intégration aux réseaux sociaux. »  – Emarketer, Novembre 2011

On attend aujourd’hui des entreprises qui oeuvrent dans la production et distribution média un niveau de flexibilité inouï.  Le rythme effréné auquel se succèdent les percées technologiques, la fragmentation des audiences, des revenus et les attentes grandissantes d’un public boulimique et connecté ont sonné le glas de l’ancienne chaîne de valeurs, placé toute l’industrie dans une constante mouvance et forcé les entreprises à s’adapter.

Au Canada, aux États-Unis et en Europe de l’ouest, plusieurs joueurs ont choisi l’intégration verticale comme mode de survie en ces temps incertains.  Des empires médiatiques ont ainsi vu le jour: des méga-corporations qui réunissent câblodistributeurs, télédiffuseurs, stations de radio, journaux, services Internet et parfois même services d’opérateurs mobiles.

Au Canada, l’arrivée de Netflix, les réactions passionnées qu’elle a engendré et le débarquement prochain de nouveaux joueurs OTT semble avoir pavé la voie à une prise de conscience collective : dans ce nouveau marché global des contenus, de plus en plus de joueurs partagent un même objectif – établir la relation la plus directe possible avec l’utilisateur.  Parallèlement, de nombreux évènements de 2011 ont confirmé que les frontières sont de plus en plus floues entre les créateurs de contenu, les diffuseurs de contenu, les entreprises de service et les manufacturiers.  Google a acheté Motorola, le nouveau Kindle de Amazon est en train de bouleverser le marché des tablettes, de persistantes rumeurs parlent des intentions de Facebook et d’ Amazon de se lancer sur le marché mobile et d’Apple qui lancerait sa propre télévision.  Cela sans parler de Samsung, Panasonic et autres Sony qui eux, se lancent dans la distribution de contenu via des « TV Connectées ».   C’est comme si tout le monde jouait à la roulette et misait sur le plus grand nombre de cases possible – parce que vraiment, en ce moment, personne ne sait où s’arrêtera la bille.

L’avenir de la télévision: 4 scénarios

Tiré de: Bringing TV to Life, Issue II: The race to dominate the future of TV

Tout ce qui précède soulève plusieurs questions : l’intégration verticale est-elle vraiment la meilleure stratégie à adopter en ces temps incertains?  Combien d’intermédiaires au contenu les nouveaux modèles d’affaires en médias numériques peuvent-ils soutenir? Et où est la vraie compétition?  (Au Canada, l’arrivée de Netflix a créé une remarquable solidarité entre les cablôdistributeurs concurrents…)

Même si ces questions sont de plus en plus pressantes, aucune d’entre elles ne trouvera de réponse en 2012.  Si la balance de pouvoir continuera de tanguer et la chaine de valeur de se redéfinir, l’heure de la collaboration trans-sectorielle, des modèles d’affaires hybrides et de la coopétition[1] a clairement sonné.  Ces approches semblent en effet les plus efficaces alors que les joueurs ont de moins en moins de temps et de ressources pour faire face aux changements rapides du marché et aux nouvelles courbes d’apprentissage et spécialisations internes que ces changements engendrent au sein même de leurs organisations.


[1] La coopétition est un mélange des deux mots coopération et de compétition (concurrence). Il s’agit d’un mot-valise (comme modem, codec). La coopétition est la collaboration opportuniste entre différents acteurs économiques qui, par ailleurs, sont des compétiteurs. Il s’agit d’une mutualisation des compétences de deux entreprises concurrentes.

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Coop%C3%A9tition)

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TENDANCES 2012: SoLoMo (Social + Local + Mobile)

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

L’accessibilité grandissante des technologies mobiles et Wi-Fi et l’enthousiasme confirmé des utilisateurs de réseaux sociaux pavent la voie à une nouvelle approche de livraison de contenu « juste à temps » et au mariage entre modèles d’affaires et services de proximité : le SoLoMo.

Ce terme émergent (résultant de l’amalgame de SOcial + LOcal (ou localisation) + MObile) figurera certainement parmi les mots à la mode les plus populaires en 2012, et ce pour trois principales raisons :

1. Mobilité et « ultra-connectivité »:

Comme l’a si bien dit Paul Burns, vice-président, Médias numériques de Shaw, au dernier NextMedia 2011 : « Depuis 2008, nous annonçons chaque année que la prochaine sera l’année de la mobilité…»   Bien, ce sera certainement (encore une fois!) le cas en 2012. Les appareils mobiles stimulent une croissance sans précédent  a) dans l’adoption des tablettes électroniques et des téléphones intelligents par les consommateurs; b) dans les dépenses en publicité; et c) au niveau des développements technologiques.

2. Localisation et contenu local :

Maintenant que les capacités GPS sont largement répandues (selon Comscore, en 2011, trois abonnés de téléphonie mobile sur quatre ont accès à des capacités GPS), l’intérêt pour le contenu local est également en hausse, car les gens recherchent de l’information pertinente à leur contexte de vie : leur ville, l’endroit où ils se trouvent dans leur ville, les gens avec qui ils interagissent.  Selon Stephen Hoover, chef de la direction de PARC, l’unité de recherche et développement de Xerox : « Nous sommes à la veille d’être en mesure d’intégrer toutes ces différentes sources de données et de mettre en contexte l’intention des gens en vue de leur présenter de l’information utile au moment précis où ils en ont besoin. »  D’un point de vue strictement marketing, il est fort probable que lorsque vous présentez le bon contenu, au bon moment et au bon endroit, vous simplifierez et accélérerez le processus de conversion des utilisateurs en acheteurs ou en fan.

 3. Tout le monde est social :

Selon George Colony, président et chef de la direction de Forrester Research, la «pénétration sociale » (c.-à-d. le taux d’internautes ayant visité ou utilisé des médias sociaux) a atteint sa limite.  De vastes études menées par Forrester établissent le taux de «pénétration sociale » à plus de 75 % partout sur la planète (86 % au Canada) et les gens passent déjà tout ce qu’il peuvent de temps disponible sur les médias sociaux.  Cela semble correspondre aux données recueillies sur l’utilisation des téléphones mobiles : selon Comscore, la principale activité des utilisateurs de fureteurs mobiles est la « recherche ». Le réseautage social arrive au deuxième rang.   Donc, quelle est la prochaine étape?  Toujours selon M. Colony, le moment est venu de saisir l’occasion de développer des applications sociales plus efficaces, plus rapides et moins «chronophages ».

Pour maximiser le potentiel de SoLoMo, il est important de garder à l’esprit que ce concept se résume à comment/quand ACCÉDER et INTERAGIR au contenu.   On ne peut le considérer comme un substitut à un contenu bien pensé et pertinent pour l’utilisateur. Cependant, les producteurs de contenu et les propriétaires de marque doivent reconnaître les énormes possibilités (commerciales et créatives) du SoLoMo.  Par exemple, maintenant que les téléphones intelligents sont de plus en plus nombreux à intégrer des fonctions « personnalisables » comme des technologies de commande et de dictée vocales (ex. : DragonDictation et la nouvelle application SIRI d’Apple), cette « voix amie” émanant de votre téléphone pourrait pousser le concept encore plus loin.  Imaginez la scène: vous marchez devant une salle de cinéma et vous entendez votre téléphone vous appeler par votre prénom et vous rappeler qu’il ne reste plus qu’un jour pour voir au grand écran le plus récent film de cet obscure cinéaste bosniaque que vous appréciez tant…

Exemples d’applications SoLoMo financés par le FMC :

MyCityLives

Herd.com

Chocolocate

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TENDANCES 2012: La “gamification”, nouveau germe des stratégies numériques

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

Dennis Crowley a déjà expliqué que l’idée de Foursquare lui était venue en marchant sur un champignon dessiné à la craie sur le pavé. Grand adepte de jeux, il s’est immédiatement dit : « Hey! Je mérite une récompense pour cela! » Près de trois ans et plus de 10 millions d’utilisateurs plus tard, son inspiration initiale est devenue une tendance très marquée qui porte désormais un nom : « gamification ».

Si elle est devenue sans contredit l’expression à la mode de 2011, nous n’avons pas terminé d’entendre parler de gamification.  En partant de l’idée qu’il est fondamental de récompenser l’utilisateur en créant une expérience numérique engageante, plusieurs campagnes médiatiques et de plus en plus de projets multiplateformes mettent maintenant ce concept en pratique.   Et bien qu’elles soient facilitées par l’univers des jeux sociaux ainsi que la prolifération d’applications mobiles et d’histoires à succès à la Zynga, les stratégies de gamification ne se limitent pas à la production de jeux en complément d’une franchise médiatique.  Structures progressives, systèmes de récompenses et autres caractéristiques « ludiques » sont de plus en plus intégrés à des projets qui n’ont rien à voir avec les jeux, et les consommateurs embarquent.

En fait, l’avenir de la gamification passera par l’intégration de ces mécanismes à de nouveaux secteurs d’activités (soins de santé, gouvernement, services, etc.), aux processus opérationnels et structures de travail au sein des entreprises ainsi qu’aux stratégies de promotion de marques. C’est d’ailleurs exactement ce que Samsung a commencé à faire récemment en lançant Samsung Nation.

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TENDANCES 2012: La curation de contenu dans les mains de l’utilisateur

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

En 2010, Eric Schmidt, ancien PDG de Google, a laissé tout le monde pantois en affirmant qu’on créait désormais plus de contenu en deux jours sur l’espace numérique qu’il n’en avait été créé jusqu’à maintenant depuis le début des temps.

Cette surabondance de contenu est bien entendu caractéristique de l’espace numérique, mais le phénomène de la prolifération semble s’accélérer chaque année —  et en 2011, avec la domination de la vidéo en ligne et des réseaux sociaux dans l’espace médiatique et l’augmentation du taux de pénétration des téléphones intelligents et des tablettes électroniques, elle a semblé s’accélérer encore davantage.

Dans un tel contexte, personne ne mettrait en doute l’importance des moteurs de recherche et de recommandation, des sites d’agrégation de contenus et des outils de syndication de contenu. Cependant, une tendance qui gagne du terrain petit à petit depuis l’essor du Web social est aujourd’hui un fait incontestable : les médias sociaux ont fait de nous tous des « filtres et des diffuseurs de contenu » et, aujourd’hui, nous nous tournons d’abord vers nos cercles lorsque nous nous demandons quoi faire, quoi acheter ou quoi regarder . De plus, la capacité de plus en plus répandue des réseaux sociaux – et surtout de Facebook – de se connecter à des plateformes de tiers (sites Web, services diffusés en continu, journaux, etc.) permet aux utilisateurs de centraliser leur partage de contenu. Cela crée un véritable écosystème où d’un côté nous sommes appelés à devenir curateur et de l’autre utilisons notre univers social pour décider quel long-métrage ou quelle émission télévisée nous allons regarder, quel produit nous achèterons, quel article nous lirons et ainsi de suite.

Dans ce que Steve Rubel qualifie de l’ère de la validation, « les internautes commencent à “trouver le signal dans le bruit” et ne conservent que l’information et les personnes qui comptent le plus pour eux en ligne ». Le modèle de Rubel dépend de quatre cercles d’intervenants influents : les médias traditionnels, les médias tradinumériques (« tradigital media »), le contenu exclusif et les réseaux sociaux. Nous estimons que le pouvoir d’influence dans l’espace de la “curation” des contenus se déplacera de plus en plus vers les utilisateurs individuels et leur cercle social.

Pour l’industrie de la télévision, cette tendance à la « curation sociale » gagne du terrain depuis 2010.  La « télévision sociale » poursuivra son essor grâce à Twitter, à la télévision connectée et à l’adoption croissante des applications de médias sociaux qui permettent aux utilisateurs de suivre leur émission préférée et commenter en temps réel (ex. : Getglue, Miso, Into_Now étant les plus populaires).  En novembre 2011, Seth Shapiro a fait très clairement valoir ceci, en prenant la parole au congrès MergingMedia à Vancouver  : « Certaines personnes commencent à se réunir autour d’émissions télévisées afin de mieux interagir dans les médias sociaux : la conversation (sur Twitter et Facebook) portant sur une émission donnée est devenue plus divertissante que l’émission elle-même.»   Pour les télédiffuseurs, les éditeurs et les propriétaires de marque, il a ajouté le conseil suivant : « Si vous ne le faites pas dans les médias sociaux, vous ne le faites pas bien. »

TENDANCES 2012: Ensemble, c’est tout.

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

Ce titre emprunté au roman d’Ana Gavalda sied parfaitement au dernier chapitre de notre revue de l’année 2011/tendances 2012.   La meilleure manière de résumer l’effervescence du secteur des médias numériques et d’ouvrir une réflexion qui dépasse l’exercice des prédictions se trouve dans  un article récent où Eric Schonfeld compare la prolifération sans précédent de starts-up dans l’espace numérique à l’explosion cambrienne et fait ce constat éclairant:

“The internet is today’s steam engine. Anyone can tinker and build an app or a web business. The pace of innovation is similar to what was seen during the tail end of the industrial revolution in the late 1800s (…)  Today’s most productive machine is the computer. But that machine is increasingly useless if it is not connected (…)  It’s not just that the network is the computer. The network is society, the market, and politics all rolled into one.”

Le réseau (Internet) c’est la société, le marché et la politique combinés en un tout.

Dans tous les secteurs d’activité, et particulièrement dans celui de la création & diffusion média,  cette évolution va se poursuivre jusqu’à ce que s’amalgament la société (l’utilisateur) avec l’activité marchande (les ayant-droits, producteurs, diffuseurs) et le politique (appareil législatif; réglementation).    Déjà, l’utilisateur a entamé depuis quelques années sa remontée dans l’ordre des choses : de récepteur passif à émetteur actif.

Dès 2006, le TIME nommait “YOU” la personne de l’année.  Cinq and plus tard, pourtant,  il existe toujours un clivage.   L’entreprise est prête à “écouter”,  à “converser” avec l’utilisateur et même à intégrer du contenu créé par l’utilisateur (User Genrated Content) pour autant qu’il ne modifie pas la trajectoire éditoriale et marketing de l’entreprise.   On garde encore bien largement séparés les contenus créés par l’utilisateur de ceux créés par les professionels et on ne s’aventure qu’encore rarement vers la véritable co-création: où développeurs, auteurs et utilisateurs pourraient constituer un noyau de nouvelle inventivité.

Il est vrai que cette année aura vu l’essor (encore timide) de phénomènes tels le crowdsourcing ; le crowdfunding et la réalité alternée (ARG) qui implique l’utilisateur (en-ligne et hors-ligne) dans le déroulement d’une narration.    Mais beaucoup des joueurs dans l’industrie y voient autant d’occasions pour les entreprises de perdre le contrôle. Le réalisateur transmedia Lance Weiler qualifie plutôt la co-création avec le public comme l’occasion d’inviter  dans les projets “des accidents heureux”.   L’exemple japonais de Hatsune Miku. illustre de manière spectaculaire comment une nouvelle économie de la création collaborative peut s’avérer synonyme d’un succès d’affaires absolument phénoménal.

Ainsi, le contrôle ne sera pas perdu mais devra être partagé…à justes parts. 

Dans le cas de Hatsune Miku, la création est collective et les utilisateurs ont droit de modifier et de diffuser la propriété intellectuelle (selon certains paramètres) mais le tout doit être fait sans but lucratif de la part du public. Par contre, lorsque l’entreprise utilise la création d’un fan, un contrat et une rétribution est prévue.     Ne pas payer ses contributeurs devient matière à indignation comme le démontre la récente affaire de Voir_contre_Huffington Post.  Cela devra éventuellement être vrai pour les plateformes géantes qui font chou gras des données qu’elles récoltent sur leurs utilisateurs, qui les monétisent sur les marchés  et s’en servent comme actif pour capitaliser leur entreprise sur les marchés financiers.

Par ailleurs, l’année 2011 aura été une année particulièrement active en matière de révision législative,  de réglementation chambardée, de batailles juridiques, de guerre de brevets, d’enjeux de vie privée.  Cette bataille pour le contrôle se poursuivra de plus belle et viendra confirmer que dans l’espace de connectivité quasi-continue,  le social, l’entreprise et le politique ne feront pas que cohabiter…ils devront se conjuguer ensemble.

Pour reprendre la métaphore évolutive utilisée par Schonfeld, seuls les espèces capables de s’adapter à cet environnement seront appelées à survivre.    Après tout… l’explosion cambrienne a originé au Canada…  il n’y a pas de raisons pour que notre talent, notre culture et nos politiques ne puisse pas contribuer à façonner le monde des contenus numériques de demain!

TENDANCES 2012: TV connectée: évolution (et non révolution)

Sans contredit, les services par contournement (Over-the-top/OTT services) ont monopolisé l’attention de l’industrie de la radiodiffusion au Canada en 2011.   Le CRTC a mené (et continuera de monitorer le phénomène) une série de consultations auprès de l’industrie pour comprendre les implications éventuelles de l’arrivée des joueurs tels que Netflix dans le paysage de la production de contenus canadiens.

Les services par contournement (OTT) n’étant pas soumis aux mêmes règles qui régissent les câblodistributeurs et entreprises de distribution par satellite canadiens, plusieurs ont revendiqué le nivellement des règles du jeu en réclamant notamment plus de flexibilité (en quotas de contenu canadien) et de déréglementation.

Pendant que la plupart d’entre nous focalisaient leur attention sur le très médiatique sujet des services par contournement, d’autres développements marquants dans l’univers de la télévision se poursuivaient ici, comme ailleurs.   Si les câblodistributeurs craignent que de nouveaux opérateurs ou diffuseurs de contenus entrent dans les salons des ménages, les manufacturiers d’appareils télévisuels – eux- craignent plutôt que le téléviseur en sorte!

Les SONY, Panasonic, Samsung et LG sont fortement mises au défi par les modifications dans les habitudes de consommation médias et la vélocité des entreprises technologiques.  Leurs ambitions sont claires: à travers la TV connectée[1],  ces manufacturiers espèrent centraliser les usages, regagner la place de choix au coeur des activités médias d’un foyer et investir le secteur de l’édition pour se rapprocher du télénaute.

Faire partie du club des terminaux connectés au Web n’est cependant pas une panacée pour une industrie bâtie sur des modèles de distribution fermés.   Non seulement les diffuseurs tiers (comme les fameux services OTT) trouveront un support supplémentaire pour livrer leurs contenus, mais le télédiffuseur devra de plus concurrencer avec les éditeurs de jeux, les éditeurs d’applications et l’ensemble des éditeurs Web  – notamment ceux spécialisés en vidéo en-ligne tels Youtube, DailyMotion et autres – capables d’alimenter eux aussi l’offre télévisuelle.   Bref, l’enjeu pour contrôler le signal et l’intermédiation entre contenus et utilisateurs est devenu crucial au point où un groupe d’importantes chaînes françaises ont pris les devants à la fin de 2010 en signant une charte pour contrôler notamment l’affichage de tierce parties en surimpression sur leurs programmes.

Alors?   Faut-il prévoir qu’en 2012 les TV connectées créeront un tsunami de compétition pour l’offre de contenus dans l’écran de votre salon?  Un phénomène disruptif de l’amplitude de l’avènement du iPad n’est pas à craindre par les joueurs dits “traditionnels”, mais les vents souffleront néanmoins en rafales!    Bien qu’il connaisse déjà une bonne croissance de pénétration aux USA et en Europe et qu’il connaîtra bien certainement un meilleur succès que les appareils livrant du 3D , le téléviseur dit intelligent rencontre un défi de taille car il ne parviendra jamais à satisfaire à lui seul l’expérience que les utilisateurs recherchent à travers le web, soit d’être foncièrement orienté vers l’échange social et le choix personalisable.

La raison pour cela est simplissime:  l’écran TV demeure fondamentalement un écran partagé.  Les fonctionnalités de médias sociaux et de personnalisation de la programmation font peu de sens lorsque le terminal est destiné à être employé par plusieurs personnes en même temps.  La réponse réside donc dans le multitâche (multitasking) : tous devant la TV et chacun avec son deuxième écran pour étendre l’expérience de visionnement.

Dans ce contexte, l’intégration verticale de la plupart de joueurs de l’industrie est le début d’une réponse sensée à l’obligation d’être sur tous les écrans.  Encore faut-il que les groupes médias abattent les silos et fassent converger autre chose que leurs services: leurs stratégies de programmation, la force de vente publicitaire et l’offre de contenus doivent suivre cette même logique.

À lire aussi: (en anglais) : La différence entre TV connectée, Social TV et TV élargie: &  http://meta-media.fr/2011/11/22/cest-le-tour-de-la-tele/