Les bonnes pratiques en sociofinancement

Le sociofinancement («crowdfunding») est en voie de devenir une alternative tout à fait sérieuse aux sources de financement traditionnelles dans le secteur de la production de contenus.  Qui pourrait s’en plaindre?

Le Social Media Monthly a fait du sociofinancement son sujet du mois de mai 2012 :

Kickstarter, la célèbre plateforme de sociofinancement américaine ne cesse de faire les manchettes depuis quelques mois.   D’abord, il y a eu Sundance qui a annoncé que 10% des films de sa sélection officielle étaient en tout ou en partie financés par Kickstarter.

Ensuite, coup sur coup, deux entreprises de jeux vidéo ont fait les manchettes  pour avoir dépassé le cap d’un million de dollars lors de leurs levées de financement.    Et, plus récemment, le cas d’une jeune entreprise qui a conçu la montre Pebble a amassé l’impressionnante somme de 10 millions de dollars en moins de 30 jours devenant du même coup le projet le plus « riche » de la récente histoire du sociofinancement.

Jusqu’à récemment un phénomène relativement marginal qui permettait à certains promoteurs de projets de lancer des initiatives modestes, le sociofinancement ne peut plus être ignoré.  La récente décision du Congrès américain  qui permet aux entreprises en démarrage d’accéder au sociofinancement en est un exemple patent.

Plus près de nous, les créateurs de projets canadiens souhaitent également profiter de ce nouveau mécanisme.  Bien qu’il existe des plateformes de sociofinacement oeuvrant au Canada (Haricot, Smallchange, Touscoprod); certains Canadiens sont tentés par l’incontournable Kickstarter.  À ce sujet, une récente conférence aux HOTDOCS  a permis à tous ceux qui considèrent cette alternative d’entendre quelques conseils.

Lors de cette présentation intitulée « Best Practices in Canadian Crowdfunding », Richard Hanet, partenaire du cabinet d’avocats Lewis Birnberg Hanet LLP a rappelé ces quelques principes :

  1. Faites attention à la nature des montants que vous      collectez. Cet élément est central dans la stratégie de sociofinancement.  Les créateurs canadiens doivent savoir      que tout montant reçu par une plateforme comme Kickstarter sera considéré comme un revenu imposable ET taxable dès son entrée au pays.  De même, un tel apport d’argent dans la  structure financière est considéré comme une « aide » selon la loi fédérale qui régit les crédits d’impôt, obligeant le producteur à réduire l’apport de ces crédits dans sa structure de financement.  Ce qu’on croit donc gagner d’un côté pourrait être perdu autrement.
  2. Assurez-vous d’avoir une chaîne de titres conforme aux      exigences canadiennes. Dans le cadre des échanges que font les producteurs  avec  leurs « contributeurs »,  il arrive que certains cèdent des titres au générique ou même des droits.  Ces stratégies d’échanges sont à éviter. Non seulement pour des questions de droits, mais également à cause des règles de certification du bureau de certification des productions audiovisuelles canadiennes (BCPAC) auquel sont soumises les productions canadiennes.
  3. Assurez-vous d’avoir un bon contrat pour votre      « antenne » américaine. Un site comme Kickstarter exige que  le promoteur du projet ait une adresse, un compte de banque et un numéro d’entreprise américains.  Par conséquent, les      producteurs canadiens doivent forcément passer par une entente avec une      entité américaine. « Évitez les amis et les beaux-frères » conseille l’avocat.  Établissez un contrat en  bonne et due forme avec une entité américaine et – idéalement- avec un  distributeur.  Ainsi, l’argent qui sera collecté via le sociofinancement sera considéré comme une avance de distribution et les problèmes cités ci-dessus pourraient être évités.
  4. Finalement, réfléchissez bien aux coûts de vos échanges. Comme le mentionne Hanet : « C’est bien d’offrir un t-shirt contre 10$ pour votre film; mais s’il vous en coûte 4,50$ pour le fabriquer; 17$ de poste et 10$ de douanes pour l’envoyer à votre contributeur qui se trouve en Autriche…vous êtes perdant »
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TENDANCES 2012: Le nouveau souffle de l’édition

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

Le succès extraordinaire du iPad a eu des retombées inattendues sur le marché: depuis le temps qu’on nous annonçait la “révolution des tablettes”, jamais auparavant l’une d’entre elles n’avait-elle vraiment réussi à susciter l’intérêt des masses.

Pourtant, en date du deuxième semestre de 2011 l’utilisation des tablettes semblait encore réservée aux nantis, avec 45.9% d’utilisateurs au revenu annuel supérieur à 100 000$ (Comscore, Digital Omnivores).  Mais avec la mise en vente des Kindle Fire, Nook et autres tablettes à moins de 200$ et l’émergence d’initiatives telles celle de DataWind en Inde, la tablette pourrait bien devenir le nouveau gadget grand public et avoir le même impact sur l’industrie de l’édition électronique que celui qu’a eu le iPod sur l’industrie de la distribution numérique de musique il y a quelques années.

Si on relit les nouvelles économiques issues du milieu des médias, les journaux et les publications occupent le haut de la pyramide des “espèces menacées” depuis les trois dernières années.  Or, dans les derniers mois de 2011, une série de nouvelles encourageantes provenant d’éditeurs ayant réussi à faire grimper leurs profits au-delà des attentes grâce à leurs applications pour tablettes redonne espoir.  C’est le cas entre autres du Economist et de l’éditeur de magazines Hearst.

Même si, au cours de l’année 2011,  les statistiques liées à la consommation d’applications mobiles placent systématiquement les jeux comme le genre le plus téléchargé par les mobinautes, des données rapportées récemment par la SODEC font état de signes réels de croissance, notamment aux États-Unis, où les ventes de livres numériques ont augmenté de 162,9 %, au cours du premier trimestre de 2011, pour atteindre 313 millions de dollars (USD), alors que les ventes du livre papier ont diminué de 18,7%.

Certains phénomènes émergents semblent indiquer que l’édition électronique et la distribution numérique de contenus narratifs auront la cote en 2012.  Parmi ces tendances populaires, on note l’auto-édition (Amazon, Wattpad), l’engouement pour les applications d’agréggation de flux et mise en page telles Flipboard,  et le lean-back 2.0 promu par The Economist.

À surveiller: survol des tendances 2012

Alors que tout le monde en est à terminer sa liste de Noël, chroniqueurs et experts du monde des médias finalisent ces jours-ci un autre genre de liste très attendue: leurs prédictions 2012!  Que nous réserve la prochaine année en termes de tendances émergentes et de nouvelles technologies?  Et quels impacts auront celles-ci sur notre industrie?

En tant qu’observateurs privilégiés, nous nous pencherons sur ces prévisions au début de l’an prochain, puisque plusieurs d’entre elles — dont les très attendues “TMT Predictions” de Deloitte (vous pouvez découvrir leurs prédictions 2011 ici) — ne seront publiées qu’à la mi-janvier.

Dans l’intérim, nous avons pensé vous proposer un genre d’amuse-gueule: une liste hybride à mi-chemin entre une revue de l’année 2011 et une liste de prédictions pour 2012.  À partir d’aujourd’hui et jusqu’à Noël, nous dévoilerons à raison d’un par jour ce que nous considérons être le “Top 10” des sujets chauds de 2012 auxquels les producteurs et diffuseurs de contenus canadiens devraient s’attarder.    Si certaines de ces tendances ne sont pas nouvelles, nous croyons cependant qu’elles passeront de phénomènes émergents à réalités incontournables en 2012 et qu’elles auront un impact significatif sur l’environnement des contenus médias au Canada.

Les cinq premiers billets de notre “Top 10” seront mis en ligne en anglais, et les cinq derniers en français.  Chacun des dix billets sera disponible dans les deux langues dès le début janvier.

Bonne lecture et joyeuses fêtes!

Le département de la veille stratégique – FMC

La vie des contenus riches et élaborés

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Il y a un peu plus d’un an, le FMC dévoilait ses nouveaux principes directeurs, introduisant du même coup la notion de contenu « riche et élaboré ». Ce nouveau prérequis pour les composantes médias numériques du volet convergent en enthousiasmait certains… et en intriguait plusieurs. Alors que le FMC vient d’émettre son premier rapport annuel, il nous a semblé opportun de nous entretenir avec Francesca Accinelli, Directrice, marché anglophone – Administrateur des programmes du FMC à Téléfilm Canada, à propos de cette notion qui en a fait jaser plus d’un.

Lorsque le FMC a dévoilé ses nouveaux principes directeurs en avril 2010, les producteurs ont rapidement réagi à l’une des nouvelles exigences du Fonds, soit la désormais célèbre notion de projets « riches et élaborés », qui a certes fait beaucoup jaser. « Au départ, je crois que les gens avaient de la difficulté à saisir le concept, se rappelle Francesca. Et, pour dire la vérité, sans pouvoir miser sur des exemples concrets à l’appui de cette notion, nous-mêmes avions de la difficulté à leur en expliquer les principes. Comme vous le savez, la télévision est un format établi avec des paramètres clairement définis. Dans le cas présent, la portée s’avérait beaucoup plus large. »

À titre de rappel, il y a trois façons de se qualifier comme projet convergent: la composante MN liée à une émission de télévision doit être diffusée en ligne de façon non simultanée; diffusée via un service de vidéo sur demande détenant une licence du CRTC; ou encore — et il s’agit ici de l’option privilégiée du point de vue du FMC — avoir une composante média numérique « riche et élaborée » destinée à au moins une plateforme de diffusion autre que la télévision. Toutefois, aucune « formule » précise ou élément concret ne permettait de caractériser un projet comme étant riche et élaboré. De l’avis de Francesca, faire preuve de créativité et sortir des sentiers battus signifie aussi être en mesure de s’adapter. « Nous tâchons de faire comprendre aux gens que nous accordons une certaine flexibilité, dit-elle. Cela revient toujours à savoir pourquoi. Pourquoi est-ce considéré comme étant riche et élaboré? Qu’avez-vous à offrir autre que des photos des vedettes de l’émission? »

Le FMC s’est donc donné pour mission première de rencontrer les intervenants de l’industrie afin de mieux saisir leurs attentes, au cas par cas. Les sites devenant de plus en plus riches, le Fonds a été en mesure de fournir davantage d’exemples. « Désormais, nous sommes en mesure de nous asseoir avec les diffuseurs et de passer leur site Web en revue en leur disant : “Cette composante MN est définitivement riche et élaborée, alors que celle-ci… pas vraiment“, indique Francesca. Nous y avons consacré passablement de temps, autant avec les diffuseurs que les producteurs, et je crois que le jeu en a valu la chandelle. »

 

Un enthousiasme inattendu

Lors de sa première année en activité, le FMC s’était fixé un objectif de 50 % en ce qui a trait au critère « riche et élaboré ». Or, à la fin de cette même année, sur quelque 486 projets financés, 65 % étaient accompagnés d’une composante riche et élaborée.

Selon Francesca, un tel enthousiasme de la part de l’industrie face à la composante « riche et élaboré » génère des bénéfices tant pour l’auditoire que pour les producteurs — ce qui, d’ailleurs, était l’un des objectifs visés par le Fonds. « Nous tenions à ce que les producteurs voient plus loin que la simple promotion du volet TV, et que les diffuseurs saisissent eux aussi cette notion, dit-elle. Il faut comprendre qu’il est désormais possible de rejoindre l’auditoire de diverses façons. Les projets qui, à notre avis, se sont avérés “riches et élaborés” y sont réellement parvenus. Ces projets enrichissent l’expérience de l’utilisateur et la portée de l’auditoire, tout en créant une nouvelle dimension au projet. »

Souvent, cette nouvelle dimension s’appuie sur du contenu original qui demeurait autrefois inutilisé. « En ce qui a trait aux documentaires, par exemple, des centaines d’heures de scènes filmées n’ont pu se retrouver dans le produit final, observe Francesca. Il peut émaner de ces scènes une toute nouvelle vision, une histoire tout à fait différente à raconter. »

Francesca croit que le fait d’avoir établi un critère « riche et élaboré » est aussi parvenu à convertir les diffuseurs. « Parfois, on rejoint d’abord l’auditoire via une plateforme numérique, pour ensuite les amener vers la télévision, souligne-t-elle. Aussi, le numérique permet désormais de maintenir l’intérêt de l’auditoire entre les saisons de diffusion! Un contenu original offert de façon soutenue assure la fidélité de l’auditoire. On ne veut certes pas que celui-ci nous abandonne. La compétition est féroce et abondante, et lorsque nous n’avons plus rien à offrir, d’autres s’en chargeront. En ajoutant du nouveau contenu chaque semaine, en invitant l’auditoire à venir découvrir de nouvelles capsules vidéo ou s’adonner à un jeu-questionnaire, les producteurs s’assurent de leur fidélité. Et c’est exactement ce que nous cherchions à accomplir. »

Davantage de composantes, davantage de travail?

Francesca se rappelle qu’au départ, plusieurs producteurs croyaient que la notion de « riche et élaboré » se traduirait pour eux par davantage de travail. « Certains se sont dit : Oh, non! Je vais devoir apprendre à maîtriser quelque chose de complètement différent! , se souvient-elle. Ils pensaient devoir faire tout le travail — mais ce n’est pas le cas. Les producteurs interactifs n’attendent que l’occasion de faire équipe avec ceux spécialisés en production TV, afin de les aider à raconter leur histoire de façon différente. »

La directrice croit fermement aux vertus de partenariats entre les producteurs en médias traditionnels et ceux spécialisés en médias numériques. « Je crois que ceux qui connaissent le plus grand succès sont ceux qui ont fait équipe avec des individus qui ont su les aider », croit-elle.

Écran de veille abordera à nouveau ce sujet au cours des prochaines semaines. Vous pouvez publier un commentaire sur cette page, ou encore communiquer avec nous par courriel pour nous faire part de vos questions, préoccupations ou réussites relatives à vos projets riches et élaborés passés, présents et futurs!

Quelques exemples de projets riches et élaborés:

La bonne étoile de Zieuter.tv

Fraîchement émoulu du programme cinéma de l’INIS, Micho Marquis-Rose s’attèle en 2009 au développement d’un concept qu’il veut au carrefour du cinéma et de  l’interactif.  L’aspect inédit de sa proposition intéresse bientôt LaPresse Télé qui l’engage comme producteur et fait de son projet une priorité de son nouveau département web.  La websérie interactive Zieuter.tv est lancée au printemps 2011 et connaît un vif succès tant auprès du public que des critiques.  Retour sur le premier projet nouveaux médias d’un jeune producteur à suivre.

Sacré Meilleure émission ou série originale interactive produite pour les nouveaux médias aux derniers Gémeaux, Zieuter.tv est de ces projets dont le parcours semble béni.  “C’est comme si ce projet-là avait eu une bonne étoile tout le long, depuis le début de la création”, avoue son jeune producteur de 29 ans,  Micho MarquisRose.

Quelques mois auparavant, c’est en France que le projet raflait les honneurs, se méritant le Prix du Jury au WebTv Festival de La Rochelle.  Cette première accolade internationale a ravi Marquis-Rose: “C’est une très grande fierté – on était contre beaucoup de bons projets, et des projets avec des budgets vraiment supérieurs au nôtre, comme Addicts, d’Arte, qui a été financé à hauteur de 1.2 million d’euros”.

De toute évidence, la créativité et la persévérance ont aisément pallié au manque d’expérience et de moyens des créateurs d’un des projets nouveaux médias les plus remarqués de l’année.  Mais qu’est-ce qui a permis au premier projet de jeunes néophytes inconnus de sortir du lot?

Un concept original

Déployée sur quatre semaines, l’expérience Zieuter.tv propose à l’internaute de “visiter” douze scènes se déroulant simultanément dans un restaurant.  Chacun de ces courts-métrages explore un vice; de l’intolérance à l’hédonisme, ces douze moments mettent en scène une galerie de personnages colorés (25 au total) qui chacun à leur façon auront un rôle à jouer dans la mort d’un homme.  Au terme des douze histoires, un épilogue dévoile lequel des protagonistes trouve la mort… et comment.

L’internaute navigue librement entre les douze saynètes temporellement arrimées les unes aux autres.  Chaque court-métrage se déroule entre 12h08 et 12h12 et comporte des éléments communs, dont le fameux décès marqué sur la ligne du temps de chaque séquence.

  

Une approche collégiale interdisciplinaire

C’est à l’hiver 2009 que Micho Marquis-Rose jette les bases d’une idée qui lui trotte dans la tête depuis quelque temps.  Il décide de se tourner vers trois camarades Inissiens pour l’aider à développer son germe de concept: Rafaël Codebecq, scénariste, Adam Kosh, réalisateur et Philippe Rostaing, concepteur interactif et game designer.

J’ai longtemps travaillé en restauration, et j’avais comme… une idée.  Et puis c’est en parlant avec Rafaël, puis Philippe, puis Adam, que l’idée s’est précisée, la boule s’est formée.”

Micho Marquis-Rose, Rafaël Codebecq et Adam Kosh

L’expérience spécifique et les forces complémentaires de chacun sont rapidement mises à profit; chacun apporte de l’eau au moulin, sans égard à son rôle attendu.  “Nous sommes tous un peu devenus des créateurs interdisciplinaires”, remarque Philippe Rostaing.

Marquis-Rose est depuis longtemps un adepte de ce processus créatif collégial.  “Je me souviens d’avoir entendu en conférence Hugues Sweeney dire qu’en médias interactifs, le réalisateur, c’est l’équipe.  Je me suis tout de suite reconnu là-dedans”, confie-t-il.

Pendant plusieurs mois, l’équipe peaufine le concept, élabore les premiers budgets, développe un premier plan d’affaires et produit un premier prototype.  Puis, avec le concours d’Espace In.Fusion, le jeune producteur soumet bientôt son projet aux commentaires d’un groupe test.  “Cela nous a pas mal aidé, avoue-t-il.  Nous avons réajusté le ton, nous éloignant de l’absurde.  Les gens ne se reconnaissaient pas là-dedans.  Nous avons aussi simplifié l’ergonomie”.

Le concept se raffine donc d’une autre couche.  L’arrivée de Ghassan Fayad et l’équipe de Kung Fu Numerik marque un autre tournant dans la gestation de Zieuter.tv.  “C’est fou comme le concept a évolué, remarque Marquis-RoseLoin d’être insécurisé par les nouvelles directions que prend le projet, le producteur se réjouit de la richesse des nouveaux apports et continue à foncer.  “Je suis super content de ce que ça a donné en bout de ligne,” avoue-t-il.

Inventer, réinventer…

L’aspect inclassable du projet ainsi que ses nombreux défis technologiques et conceptuels le rendaient difficile à financer avant l’arrivée du FMC.  “Nous n’aurions jamais pu exister sans le Volet Expérimental du Fonds des médias, soutient Micho Marquis-Rose.  On créait quelque chose qui n’existait pas, on inventait quelque chose de nouveau.”

Le désir d’innovation était d’ailleurs une des préoccupations centrales de l’équipe initiale: “On voulait vraiment pousser le médium à sa pleine potentialité, se souvient Philippe Rostaing.  On voulait lier substance et forme, et, faut le dire, on voulait innover… pour innover, pour se dépasser, pour repousser les limites de ce qui était possible”.

En outre, l’essence même du concept recélait un énorme défi:  “Le plus gros défi de Zieuter c’était d’exprimer le temps – l’espace temporel, que tout se passe dans le même 4 minutes.  Donc c’était un défi de scénarisation interactive, d’interface, mais aussi évidemment de scénarisation et de réalisation”, précise Micho Marquis-Rose.

Dans un premier temps, un travail d’orfèvre a été effectué en scénarisation: il a fallu arrimer douze histoires les unes aux autres  et les minuter avec précision.  “Je base souvent mes projets interactifs sur des références de cinéma.  Pour Zieuter, c’était le film choral : je disais ‘c’est comme Crash, comme Babel’…. C’est super beau sur papier, mais après quand tu le fais, c’est…. intense. »

L’équipe procède par essai-erreur: “On écrivait les scénarios, on les faisaient minuter… et on déplaçait les blocs.  On en a passé des nuits blanches dans la salle de conférence de LaPresse Télé à jouer avec les scénarios!

Une fois les scénarios en place, la production peut se mettre en branle et les yeux se tournent vers le réalisateur;   le découpage se doit d’être d’une rigueur infaillible pour que “tout marche”, puisqu’aux contraintes de tournage habituelles s’ajoute une chorégraphie précise qui permet l’effet croisé — certains éléments communs à l’espace-temps doivent figurer dans chaque séquence.

…et innover

Parallèlement au tournage, Marquis-Rose travaille de près avec les concepteurs interactifs afin d’ajuster leur vision initiale: “Au départ, on voulait travailler en POV, à la première personne, que l’internaute se promène dans le restaurant.  Mais les défis de timing empêchaient ça de marcher, cela aurait été trop mélangeant pour les usagers.”

L’équipe élabore donc la navigation autour d’une ligne du temps qui marque également les éléments communs à toutes les histoires.  “Je suis vraiment fier du mode de navigation, j’adore ce qu’on a fait avec ça.”   Le temps qui défile au bas de l’écran et le minutage des séquences affiché ajoutent à la tension dramatique et permet de mieux situer la saynète dans le contexte global.

L’équipe de Kung Fu Numérik réussit un autre bon coup en indexant des vidéos à l’intérieur d’un univers flash, permettant du même coup le partage et l’envoi de séquences séparées.  “Ça a été très complexe, et l’équipe de Kung Fu a réussi à sauver la mise!

Pour l’équipe de Zieuter, l’innovation ne se limite pas à la production: au moment de lancer le site, elle déploie un plan de mise en marché des plus novateurs.  “En termes de promotion, c’est très rare qu’un producteur s’implique à ce point,” précise Marquis-Rose.  C’est LaPresse Télé et Kung Fu qui ont développé le plan, et Radio-Canada, notre diffuseur, a embarqué”.

En plus de la mise en ligne d’un blogue “making-of” en amont, l’équipe crée les Zieuteurs Mobiles, qui arpentent stations de métro et événements et contribuent au “buzz” en allant à la rencontre de “voyeurs”.  “Les gens se plaçaient au bout de la boite et on leur montrait un petit film et on prenait leurs yeux en photo.  Ils pouvaient ensuite aller sur le site se reconnaître.

Les participants se voient également remettre une originale cagoule (made in Quebec!) qui a connu beaucoup de succès.  “Je me souvient au Igloo Fest, les gens rentraient par centaines avec nos cagoules…. C’était génial.

Environ un tiers du budget de promotion est consacré à ces opérations sauvages et virales.  Le reste est consacré à un plan média plus “traditionnel”:  bannières et “big boxes” investissent le web, et une campagne d’affichage sauvage tapisse la ville.  L’équipe fait également appel à deux relationistes de presse: une plus traditionnelle, une plus versée dans les médias sociaux.  Le résultat parle de lui-même.

Ce qui est génial, c’est qu’on a tenu le coup pendant trois semaines, s’enthousiasme Marquis-Rose.  Les opérations en amont nous ont permis de maintenir le ‘momentum’ très haut pendant les trois premières semaines de notre déploiement, qui s’échelonnait sur 4 semaines.

 

Leçons apprises

D’ailleurs, les avantages d’un déploiement à courte échéance sont parmi les leçons que tire Marquis-Rose de son expérience ‘zieutéenne’: ”On a vraiment trippé sur le déploiement de 4 semaines.  Des trucs trop étirés, trop longs, les gens oublient tellement vite sur le web.  Les gens oublient vite en général, sur le web c’est pire.  Mon prochain projet va se déployer sur cinq semaines”, confie-t-il.

L’importance du développement est également très claire à ses yeux.  “Maintenant, avec le FMC, on peut développer.  Tout est une question de temps.  Plus t’as de temps, meilleur va être ton projet, c’est sûr.

Zieuter.tv aura en outre permis au jeune producteur de réaliser combien une approche de travail qui lui était naturelle s’avérait porteuse dans l’univers des nouveaux médias. “J’adore la création en collégialité, et les réalisateurs et scénaristes traditionnels sont vraiment pas habitués à ça.  Cette collégialité, au début j’essayais de la créer, de la gérer, c’était essai-erreur… Mais là je suis beaucoup plus confiant là-dessus et je l’installe dès le départ. J’ai confirmé des choses, je sais comment gérer l’intervention de tous.

Lancement du blogue “Écran de veille”

La création du Fonds des médias en juin 2009 a marqué le début d’une nouvelle ère dans l’industrie audiovisuelle canadienne en prenant compte de la profonde mutation qui se joue dans notre industrie depuis l’avènement des nouvelles technologies numériques.

Très vite, la haute direction du FMC, appuyée par son conseil d’administration, a exprimé la volonté de se mettre en diapason avec le milieu de la production télévisuelle et numérique,  et de constituer une équipe d’intelligence d’affaires afin de s’assurer que les politiques et les programmes du Fonds sauraient correspondre aux réalités d’affaires et opérationnelles des entreprises bénéficiaires du FMC.  C’est avec cet objectif qu’a été créé le département de la veille stratégique et que j’ai eu l’honneur de me joindre à l’équipe du FMC à la fin d’octobre 2010.

S’il y a une chose que j’ai apprise de mes nombreuses années comme productrice et formatrice en médias numériques, c’est que le travail de «Veille stratégique» ne fait aucun sens au sein d’une organisation s’il demeure hermétique.  C’est pourquoi il nous semblait essentiel de créer ce lieu de partage.  D’abord, pour pouvoir partager avec vous nos découvertes.  Ensuite, pour permettre à nos analystes et collaborateurs d’exposer leur point de vue sur les différentes tendances de l’industrie.  Et enfin surtout,  pour vous donner une voix.  Vous, qui êtes les principaux acteurs de changement dans le secteur de  la production et la diffusion de contenus, nous vous invitons à commenter, à partager, à nous soumettre vos trouvailles et les sujets qui vous intéressent.  Ce blogue est pour vous.

Alors, bonne lecture et bienvenue!

Catalina Briceno | Directrice, veille stratégique.