TENDANCES 2012: L’heure de la coopétition

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

« Plus les consommateurs adoptent de nouvelles technologies, plus ils sont à l’aise à l’idée d’accéder au contenu désiré sur une pléthore d’écrans, et plus ils s’attendent à une expérience multiplateforme homogène.  Les entreprises les mieux outillées pour répondre à ces attentes sont celles qui peuvent proposer à la fois la plateforme, le logiciel, le contenu et les mécanismes d’intégration aux réseaux sociaux. »  – Emarketer, Novembre 2011

On attend aujourd’hui des entreprises qui oeuvrent dans la production et distribution média un niveau de flexibilité inouï.  Le rythme effréné auquel se succèdent les percées technologiques, la fragmentation des audiences, des revenus et les attentes grandissantes d’un public boulimique et connecté ont sonné le glas de l’ancienne chaîne de valeurs, placé toute l’industrie dans une constante mouvance et forcé les entreprises à s’adapter.

Au Canada, aux États-Unis et en Europe de l’ouest, plusieurs joueurs ont choisi l’intégration verticale comme mode de survie en ces temps incertains.  Des empires médiatiques ont ainsi vu le jour: des méga-corporations qui réunissent câblodistributeurs, télédiffuseurs, stations de radio, journaux, services Internet et parfois même services d’opérateurs mobiles.

Au Canada, l’arrivée de Netflix, les réactions passionnées qu’elle a engendré et le débarquement prochain de nouveaux joueurs OTT semble avoir pavé la voie à une prise de conscience collective : dans ce nouveau marché global des contenus, de plus en plus de joueurs partagent un même objectif – établir la relation la plus directe possible avec l’utilisateur.  Parallèlement, de nombreux évènements de 2011 ont confirmé que les frontières sont de plus en plus floues entre les créateurs de contenu, les diffuseurs de contenu, les entreprises de service et les manufacturiers.  Google a acheté Motorola, le nouveau Kindle de Amazon est en train de bouleverser le marché des tablettes, de persistantes rumeurs parlent des intentions de Facebook et d’ Amazon de se lancer sur le marché mobile et d’Apple qui lancerait sa propre télévision.  Cela sans parler de Samsung, Panasonic et autres Sony qui eux, se lancent dans la distribution de contenu via des « TV Connectées ».   C’est comme si tout le monde jouait à la roulette et misait sur le plus grand nombre de cases possible – parce que vraiment, en ce moment, personne ne sait où s’arrêtera la bille.

L’avenir de la télévision: 4 scénarios

Tiré de: Bringing TV to Life, Issue II: The race to dominate the future of TV

Tout ce qui précède soulève plusieurs questions : l’intégration verticale est-elle vraiment la meilleure stratégie à adopter en ces temps incertains?  Combien d’intermédiaires au contenu les nouveaux modèles d’affaires en médias numériques peuvent-ils soutenir? Et où est la vraie compétition?  (Au Canada, l’arrivée de Netflix a créé une remarquable solidarité entre les cablôdistributeurs concurrents…)

Même si ces questions sont de plus en plus pressantes, aucune d’entre elles ne trouvera de réponse en 2012.  Si la balance de pouvoir continuera de tanguer et la chaine de valeur de se redéfinir, l’heure de la collaboration trans-sectorielle, des modèles d’affaires hybrides et de la coopétition[1] a clairement sonné.  Ces approches semblent en effet les plus efficaces alors que les joueurs ont de moins en moins de temps et de ressources pour faire face aux changements rapides du marché et aux nouvelles courbes d’apprentissage et spécialisations internes que ces changements engendrent au sein même de leurs organisations.


[1] La coopétition est un mélange des deux mots coopération et de compétition (concurrence). Il s’agit d’un mot-valise (comme modem, codec). La coopétition est la collaboration opportuniste entre différents acteurs économiques qui, par ailleurs, sont des compétiteurs. Il s’agit d’une mutualisation des compétences de deux entreprises concurrentes.

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Coop%C3%A9tition)

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TENDANCES 2012: SoLoMo (Social + Local + Mobile)

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

L’accessibilité grandissante des technologies mobiles et Wi-Fi et l’enthousiasme confirmé des utilisateurs de réseaux sociaux pavent la voie à une nouvelle approche de livraison de contenu « juste à temps » et au mariage entre modèles d’affaires et services de proximité : le SoLoMo.

Ce terme émergent (résultant de l’amalgame de SOcial + LOcal (ou localisation) + MObile) figurera certainement parmi les mots à la mode les plus populaires en 2012, et ce pour trois principales raisons :

1. Mobilité et « ultra-connectivité »:

Comme l’a si bien dit Paul Burns, vice-président, Médias numériques de Shaw, au dernier NextMedia 2011 : « Depuis 2008, nous annonçons chaque année que la prochaine sera l’année de la mobilité…»   Bien, ce sera certainement (encore une fois!) le cas en 2012. Les appareils mobiles stimulent une croissance sans précédent  a) dans l’adoption des tablettes électroniques et des téléphones intelligents par les consommateurs; b) dans les dépenses en publicité; et c) au niveau des développements technologiques.

2. Localisation et contenu local :

Maintenant que les capacités GPS sont largement répandues (selon Comscore, en 2011, trois abonnés de téléphonie mobile sur quatre ont accès à des capacités GPS), l’intérêt pour le contenu local est également en hausse, car les gens recherchent de l’information pertinente à leur contexte de vie : leur ville, l’endroit où ils se trouvent dans leur ville, les gens avec qui ils interagissent.  Selon Stephen Hoover, chef de la direction de PARC, l’unité de recherche et développement de Xerox : « Nous sommes à la veille d’être en mesure d’intégrer toutes ces différentes sources de données et de mettre en contexte l’intention des gens en vue de leur présenter de l’information utile au moment précis où ils en ont besoin. »  D’un point de vue strictement marketing, il est fort probable que lorsque vous présentez le bon contenu, au bon moment et au bon endroit, vous simplifierez et accélérerez le processus de conversion des utilisateurs en acheteurs ou en fan.

 3. Tout le monde est social :

Selon George Colony, président et chef de la direction de Forrester Research, la «pénétration sociale » (c.-à-d. le taux d’internautes ayant visité ou utilisé des médias sociaux) a atteint sa limite.  De vastes études menées par Forrester établissent le taux de «pénétration sociale » à plus de 75 % partout sur la planète (86 % au Canada) et les gens passent déjà tout ce qu’il peuvent de temps disponible sur les médias sociaux.  Cela semble correspondre aux données recueillies sur l’utilisation des téléphones mobiles : selon Comscore, la principale activité des utilisateurs de fureteurs mobiles est la « recherche ». Le réseautage social arrive au deuxième rang.   Donc, quelle est la prochaine étape?  Toujours selon M. Colony, le moment est venu de saisir l’occasion de développer des applications sociales plus efficaces, plus rapides et moins «chronophages ».

Pour maximiser le potentiel de SoLoMo, il est important de garder à l’esprit que ce concept se résume à comment/quand ACCÉDER et INTERAGIR au contenu.   On ne peut le considérer comme un substitut à un contenu bien pensé et pertinent pour l’utilisateur. Cependant, les producteurs de contenu et les propriétaires de marque doivent reconnaître les énormes possibilités (commerciales et créatives) du SoLoMo.  Par exemple, maintenant que les téléphones intelligents sont de plus en plus nombreux à intégrer des fonctions « personnalisables » comme des technologies de commande et de dictée vocales (ex. : DragonDictation et la nouvelle application SIRI d’Apple), cette « voix amie” émanant de votre téléphone pourrait pousser le concept encore plus loin.  Imaginez la scène: vous marchez devant une salle de cinéma et vous entendez votre téléphone vous appeler par votre prénom et vous rappeler qu’il ne reste plus qu’un jour pour voir au grand écran le plus récent film de cet obscure cinéaste bosniaque que vous appréciez tant…

Exemples d’applications SoLoMo financés par le FMC :

MyCityLives

Herd.com

Chocolocate

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TENDANCES 2012: La consécration du transmédia : un nouveau langage

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

Bien que le concept de « scénarisation transmédia » (« transmedia storytelling ») ne soit pas nouveau, il est appelé à prendre son envol cette année et à devenir plus que simplement une expression à la mode. Henry Jenkins, éminent chercheur du MIT spécialisé en médias, est considéré par plusieurs comme le père du terme transmédia car il fut le premier à utiliser l’expression dans une publication en 2003. Depuis, l’expression a été utilisée à profusion (et parfois à tort et à travers…) mais dès cette année, nous estimons que cette approche multiplateforme sera démocratisée et mieux comprise.

Comscore a rendue publique en octobre dernier Digital Omnivores, une étude visant à définir l’homo-sapiens-digitalus, le nouveau consommateur de médias « standard » – en Amérique du Nord, en Asie et en Europe – qui possède et utilise plusieurs appareils.  Aujourd’hui, on accède au contenu concurremment, voire simultanément, à partir du téléviseur, de l’ordinateur personnel, du téléphone intelligent, de la tablette électronique et d’une pléthore d’autres appareils branchés. Ce type de consommation demande de la dextérité et met de la pression sur les créateurs et distributeurs de contenu pour proposer du contenu engageant à ces utilisateurs devenus très habiles avec les médias numériques. Maintenant que s’élèvent de plus en plus les attentes des utilisateurs et les compétences des créateurs, la table est mise pour l’essor d’un nouveau langage.

D’ailleurs, quelle est la différence entre ce que certains appellent le “cross-média” (ou plurimédia)  et transmédia? Au moment de créer un projet, les producteurs de contenu peuvent choisir de raconter leur histoire à l’aide d’un média donné et décliner ou adapter ensuite l’histoire sur d’autres plateformes  pour permettre aux utilisateurs de vivre une expérience complémentaire selon le média choisi.  C’est ce qu’on entend par Cross-média.  Ils peuvent aussi opter pour une façon plus évoluée de raconter leur histoire en établissant les éléments de la même histoire sur différents médias qui forment tous un univers narratif et contribuent à créer une expérience narrative unique. C’est le transmédia.  Voici une simple analogie que propose Jeff Gomez de Starlight Runner Entertainment :

« Il y a lieu de considérer les différents médias comme des instruments de musique : ensemble, ils forment une symphonie. »

L’élaboration d’une expérience transmédia poussée ne doit cependant pas être un automatisme; on évalue le potentiel transmédia d’une oeuvre en jaugeant son PROPOS et sa PORTÉE.  Pour reprendre la métaphore musicale proposée par Gomez, cela signifie qu’on peut choisir d’écrire une sonate en trio, un solo de piano ou un ensemble pour orchestre.  Dans l’optique d’évaluer la stratégie la plus efficace pour offrir la meilleure expérience possible à leur auditoire, les créateurs de contenu et leurs partenaires devront encore mieux cerner les objectifs d’un projet donné, les caractéristiques qui différencient les diverses plateformes numériques et le marché ciblé par chacune. Simplement dit, un projet transmédia ne peut être une réflexion après coup. Soyez prêts à voir la scénarisation transmédia comme simplement un autre outil dans un coffre déjà bien garni de possibilités qui s’offrent au marché de la création de médias numériques.

« La technologie et les libres marchés ont permis des niveaux sans précédent de personnalisation, d’individualisation et de réactivité. En conséquence, une politique de “formule unique” n’est plus attendue ou même acceptable. » – Robert Pratten, dans Getting Started in Transmedia.

Image: Robert Pratten

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TENDANCES 2012: La curation de contenu dans les mains de l’utilisateur

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

En 2010, Eric Schmidt, ancien PDG de Google, a laissé tout le monde pantois en affirmant qu’on créait désormais plus de contenu en deux jours sur l’espace numérique qu’il n’en avait été créé jusqu’à maintenant depuis le début des temps.

Cette surabondance de contenu est bien entendu caractéristique de l’espace numérique, mais le phénomène de la prolifération semble s’accélérer chaque année —  et en 2011, avec la domination de la vidéo en ligne et des réseaux sociaux dans l’espace médiatique et l’augmentation du taux de pénétration des téléphones intelligents et des tablettes électroniques, elle a semblé s’accélérer encore davantage.

Dans un tel contexte, personne ne mettrait en doute l’importance des moteurs de recherche et de recommandation, des sites d’agrégation de contenus et des outils de syndication de contenu. Cependant, une tendance qui gagne du terrain petit à petit depuis l’essor du Web social est aujourd’hui un fait incontestable : les médias sociaux ont fait de nous tous des « filtres et des diffuseurs de contenu » et, aujourd’hui, nous nous tournons d’abord vers nos cercles lorsque nous nous demandons quoi faire, quoi acheter ou quoi regarder . De plus, la capacité de plus en plus répandue des réseaux sociaux – et surtout de Facebook – de se connecter à des plateformes de tiers (sites Web, services diffusés en continu, journaux, etc.) permet aux utilisateurs de centraliser leur partage de contenu. Cela crée un véritable écosystème où d’un côté nous sommes appelés à devenir curateur et de l’autre utilisons notre univers social pour décider quel long-métrage ou quelle émission télévisée nous allons regarder, quel produit nous achèterons, quel article nous lirons et ainsi de suite.

Dans ce que Steve Rubel qualifie de l’ère de la validation, « les internautes commencent à “trouver le signal dans le bruit” et ne conservent que l’information et les personnes qui comptent le plus pour eux en ligne ». Le modèle de Rubel dépend de quatre cercles d’intervenants influents : les médias traditionnels, les médias tradinumériques (« tradigital media »), le contenu exclusif et les réseaux sociaux. Nous estimons que le pouvoir d’influence dans l’espace de la “curation” des contenus se déplacera de plus en plus vers les utilisateurs individuels et leur cercle social.

Pour l’industrie de la télévision, cette tendance à la « curation sociale » gagne du terrain depuis 2010.  La « télévision sociale » poursuivra son essor grâce à Twitter, à la télévision connectée et à l’adoption croissante des applications de médias sociaux qui permettent aux utilisateurs de suivre leur émission préférée et commenter en temps réel (ex. : Getglue, Miso, Into_Now étant les plus populaires).  En novembre 2011, Seth Shapiro a fait très clairement valoir ceci, en prenant la parole au congrès MergingMedia à Vancouver  : « Certaines personnes commencent à se réunir autour d’émissions télévisées afin de mieux interagir dans les médias sociaux : la conversation (sur Twitter et Facebook) portant sur une émission donnée est devenue plus divertissante que l’émission elle-même.»   Pour les télédiffuseurs, les éditeurs et les propriétaires de marque, il a ajouté le conseil suivant : « Si vous ne le faites pas dans les médias sociaux, vous ne le faites pas bien. »

TENDANCES 2012: Ensemble, c’est tout.

(Voir l’introduction, À surveiller: survol des tendances 2012).

Ce titre emprunté au roman d’Ana Gavalda sied parfaitement au dernier chapitre de notre revue de l’année 2011/tendances 2012.   La meilleure manière de résumer l’effervescence du secteur des médias numériques et d’ouvrir une réflexion qui dépasse l’exercice des prédictions se trouve dans  un article récent où Eric Schonfeld compare la prolifération sans précédent de starts-up dans l’espace numérique à l’explosion cambrienne et fait ce constat éclairant:

“The internet is today’s steam engine. Anyone can tinker and build an app or a web business. The pace of innovation is similar to what was seen during the tail end of the industrial revolution in the late 1800s (…)  Today’s most productive machine is the computer. But that machine is increasingly useless if it is not connected (…)  It’s not just that the network is the computer. The network is society, the market, and politics all rolled into one.”

Le réseau (Internet) c’est la société, le marché et la politique combinés en un tout.

Dans tous les secteurs d’activité, et particulièrement dans celui de la création & diffusion média,  cette évolution va se poursuivre jusqu’à ce que s’amalgament la société (l’utilisateur) avec l’activité marchande (les ayant-droits, producteurs, diffuseurs) et le politique (appareil législatif; réglementation).    Déjà, l’utilisateur a entamé depuis quelques années sa remontée dans l’ordre des choses : de récepteur passif à émetteur actif.

Dès 2006, le TIME nommait “YOU” la personne de l’année.  Cinq and plus tard, pourtant,  il existe toujours un clivage.   L’entreprise est prête à “écouter”,  à “converser” avec l’utilisateur et même à intégrer du contenu créé par l’utilisateur (User Genrated Content) pour autant qu’il ne modifie pas la trajectoire éditoriale et marketing de l’entreprise.   On garde encore bien largement séparés les contenus créés par l’utilisateur de ceux créés par les professionels et on ne s’aventure qu’encore rarement vers la véritable co-création: où développeurs, auteurs et utilisateurs pourraient constituer un noyau de nouvelle inventivité.

Il est vrai que cette année aura vu l’essor (encore timide) de phénomènes tels le crowdsourcing ; le crowdfunding et la réalité alternée (ARG) qui implique l’utilisateur (en-ligne et hors-ligne) dans le déroulement d’une narration.    Mais beaucoup des joueurs dans l’industrie y voient autant d’occasions pour les entreprises de perdre le contrôle. Le réalisateur transmedia Lance Weiler qualifie plutôt la co-création avec le public comme l’occasion d’inviter  dans les projets “des accidents heureux”.   L’exemple japonais de Hatsune Miku. illustre de manière spectaculaire comment une nouvelle économie de la création collaborative peut s’avérer synonyme d’un succès d’affaires absolument phénoménal.

Ainsi, le contrôle ne sera pas perdu mais devra être partagé…à justes parts. 

Dans le cas de Hatsune Miku, la création est collective et les utilisateurs ont droit de modifier et de diffuser la propriété intellectuelle (selon certains paramètres) mais le tout doit être fait sans but lucratif de la part du public. Par contre, lorsque l’entreprise utilise la création d’un fan, un contrat et une rétribution est prévue.     Ne pas payer ses contributeurs devient matière à indignation comme le démontre la récente affaire de Voir_contre_Huffington Post.  Cela devra éventuellement être vrai pour les plateformes géantes qui font chou gras des données qu’elles récoltent sur leurs utilisateurs, qui les monétisent sur les marchés  et s’en servent comme actif pour capitaliser leur entreprise sur les marchés financiers.

Par ailleurs, l’année 2011 aura été une année particulièrement active en matière de révision législative,  de réglementation chambardée, de batailles juridiques, de guerre de brevets, d’enjeux de vie privée.  Cette bataille pour le contrôle se poursuivra de plus belle et viendra confirmer que dans l’espace de connectivité quasi-continue,  le social, l’entreprise et le politique ne feront pas que cohabiter…ils devront se conjuguer ensemble.

Pour reprendre la métaphore évolutive utilisée par Schonfeld, seuls les espèces capables de s’adapter à cet environnement seront appelées à survivre.    Après tout… l’explosion cambrienne a originé au Canada…  il n’y a pas de raisons pour que notre talent, notre culture et nos politiques ne puisse pas contribuer à façonner le monde des contenus numériques de demain!

À surveiller: survol des tendances 2012

Alors que tout le monde en est à terminer sa liste de Noël, chroniqueurs et experts du monde des médias finalisent ces jours-ci un autre genre de liste très attendue: leurs prédictions 2012!  Que nous réserve la prochaine année en termes de tendances émergentes et de nouvelles technologies?  Et quels impacts auront celles-ci sur notre industrie?

En tant qu’observateurs privilégiés, nous nous pencherons sur ces prévisions au début de l’an prochain, puisque plusieurs d’entre elles — dont les très attendues “TMT Predictions” de Deloitte (vous pouvez découvrir leurs prédictions 2011 ici) — ne seront publiées qu’à la mi-janvier.

Dans l’intérim, nous avons pensé vous proposer un genre d’amuse-gueule: une liste hybride à mi-chemin entre une revue de l’année 2011 et une liste de prédictions pour 2012.  À partir d’aujourd’hui et jusqu’à Noël, nous dévoilerons à raison d’un par jour ce que nous considérons être le “Top 10” des sujets chauds de 2012 auxquels les producteurs et diffuseurs de contenus canadiens devraient s’attarder.    Si certaines de ces tendances ne sont pas nouvelles, nous croyons cependant qu’elles passeront de phénomènes émergents à réalités incontournables en 2012 et qu’elles auront un impact significatif sur l’environnement des contenus médias au Canada.

Les cinq premiers billets de notre “Top 10” seront mis en ligne en anglais, et les cinq derniers en français.  Chacun des dix billets sera disponible dans les deux langues dès le début janvier.

Bonne lecture et joyeuses fêtes!

Le département de la veille stratégique – FMC

La bonne étoile de Zieuter.tv

Fraîchement émoulu du programme cinéma de l’INIS, Micho Marquis-Rose s’attèle en 2009 au développement d’un concept qu’il veut au carrefour du cinéma et de  l’interactif.  L’aspect inédit de sa proposition intéresse bientôt LaPresse Télé qui l’engage comme producteur et fait de son projet une priorité de son nouveau département web.  La websérie interactive Zieuter.tv est lancée au printemps 2011 et connaît un vif succès tant auprès du public que des critiques.  Retour sur le premier projet nouveaux médias d’un jeune producteur à suivre.

Sacré Meilleure émission ou série originale interactive produite pour les nouveaux médias aux derniers Gémeaux, Zieuter.tv est de ces projets dont le parcours semble béni.  “C’est comme si ce projet-là avait eu une bonne étoile tout le long, depuis le début de la création”, avoue son jeune producteur de 29 ans,  Micho MarquisRose.

Quelques mois auparavant, c’est en France que le projet raflait les honneurs, se méritant le Prix du Jury au WebTv Festival de La Rochelle.  Cette première accolade internationale a ravi Marquis-Rose: “C’est une très grande fierté – on était contre beaucoup de bons projets, et des projets avec des budgets vraiment supérieurs au nôtre, comme Addicts, d’Arte, qui a été financé à hauteur de 1.2 million d’euros”.

De toute évidence, la créativité et la persévérance ont aisément pallié au manque d’expérience et de moyens des créateurs d’un des projets nouveaux médias les plus remarqués de l’année.  Mais qu’est-ce qui a permis au premier projet de jeunes néophytes inconnus de sortir du lot?

Un concept original

Déployée sur quatre semaines, l’expérience Zieuter.tv propose à l’internaute de “visiter” douze scènes se déroulant simultanément dans un restaurant.  Chacun de ces courts-métrages explore un vice; de l’intolérance à l’hédonisme, ces douze moments mettent en scène une galerie de personnages colorés (25 au total) qui chacun à leur façon auront un rôle à jouer dans la mort d’un homme.  Au terme des douze histoires, un épilogue dévoile lequel des protagonistes trouve la mort… et comment.

L’internaute navigue librement entre les douze saynètes temporellement arrimées les unes aux autres.  Chaque court-métrage se déroule entre 12h08 et 12h12 et comporte des éléments communs, dont le fameux décès marqué sur la ligne du temps de chaque séquence.

  

Une approche collégiale interdisciplinaire

C’est à l’hiver 2009 que Micho Marquis-Rose jette les bases d’une idée qui lui trotte dans la tête depuis quelque temps.  Il décide de se tourner vers trois camarades Inissiens pour l’aider à développer son germe de concept: Rafaël Codebecq, scénariste, Adam Kosh, réalisateur et Philippe Rostaing, concepteur interactif et game designer.

J’ai longtemps travaillé en restauration, et j’avais comme… une idée.  Et puis c’est en parlant avec Rafaël, puis Philippe, puis Adam, que l’idée s’est précisée, la boule s’est formée.”

Micho Marquis-Rose, Rafaël Codebecq et Adam Kosh

L’expérience spécifique et les forces complémentaires de chacun sont rapidement mises à profit; chacun apporte de l’eau au moulin, sans égard à son rôle attendu.  “Nous sommes tous un peu devenus des créateurs interdisciplinaires”, remarque Philippe Rostaing.

Marquis-Rose est depuis longtemps un adepte de ce processus créatif collégial.  “Je me souviens d’avoir entendu en conférence Hugues Sweeney dire qu’en médias interactifs, le réalisateur, c’est l’équipe.  Je me suis tout de suite reconnu là-dedans”, confie-t-il.

Pendant plusieurs mois, l’équipe peaufine le concept, élabore les premiers budgets, développe un premier plan d’affaires et produit un premier prototype.  Puis, avec le concours d’Espace In.Fusion, le jeune producteur soumet bientôt son projet aux commentaires d’un groupe test.  “Cela nous a pas mal aidé, avoue-t-il.  Nous avons réajusté le ton, nous éloignant de l’absurde.  Les gens ne se reconnaissaient pas là-dedans.  Nous avons aussi simplifié l’ergonomie”.

Le concept se raffine donc d’une autre couche.  L’arrivée de Ghassan Fayad et l’équipe de Kung Fu Numerik marque un autre tournant dans la gestation de Zieuter.tv.  “C’est fou comme le concept a évolué, remarque Marquis-RoseLoin d’être insécurisé par les nouvelles directions que prend le projet, le producteur se réjouit de la richesse des nouveaux apports et continue à foncer.  “Je suis super content de ce que ça a donné en bout de ligne,” avoue-t-il.

Inventer, réinventer…

L’aspect inclassable du projet ainsi que ses nombreux défis technologiques et conceptuels le rendaient difficile à financer avant l’arrivée du FMC.  “Nous n’aurions jamais pu exister sans le Volet Expérimental du Fonds des médias, soutient Micho Marquis-Rose.  On créait quelque chose qui n’existait pas, on inventait quelque chose de nouveau.”

Le désir d’innovation était d’ailleurs une des préoccupations centrales de l’équipe initiale: “On voulait vraiment pousser le médium à sa pleine potentialité, se souvient Philippe Rostaing.  On voulait lier substance et forme, et, faut le dire, on voulait innover… pour innover, pour se dépasser, pour repousser les limites de ce qui était possible”.

En outre, l’essence même du concept recélait un énorme défi:  “Le plus gros défi de Zieuter c’était d’exprimer le temps – l’espace temporel, que tout se passe dans le même 4 minutes.  Donc c’était un défi de scénarisation interactive, d’interface, mais aussi évidemment de scénarisation et de réalisation”, précise Micho Marquis-Rose.

Dans un premier temps, un travail d’orfèvre a été effectué en scénarisation: il a fallu arrimer douze histoires les unes aux autres  et les minuter avec précision.  “Je base souvent mes projets interactifs sur des références de cinéma.  Pour Zieuter, c’était le film choral : je disais ‘c’est comme Crash, comme Babel’…. C’est super beau sur papier, mais après quand tu le fais, c’est…. intense. »

L’équipe procède par essai-erreur: “On écrivait les scénarios, on les faisaient minuter… et on déplaçait les blocs.  On en a passé des nuits blanches dans la salle de conférence de LaPresse Télé à jouer avec les scénarios!

Une fois les scénarios en place, la production peut se mettre en branle et les yeux se tournent vers le réalisateur;   le découpage se doit d’être d’une rigueur infaillible pour que “tout marche”, puisqu’aux contraintes de tournage habituelles s’ajoute une chorégraphie précise qui permet l’effet croisé — certains éléments communs à l’espace-temps doivent figurer dans chaque séquence.

…et innover

Parallèlement au tournage, Marquis-Rose travaille de près avec les concepteurs interactifs afin d’ajuster leur vision initiale: “Au départ, on voulait travailler en POV, à la première personne, que l’internaute se promène dans le restaurant.  Mais les défis de timing empêchaient ça de marcher, cela aurait été trop mélangeant pour les usagers.”

L’équipe élabore donc la navigation autour d’une ligne du temps qui marque également les éléments communs à toutes les histoires.  “Je suis vraiment fier du mode de navigation, j’adore ce qu’on a fait avec ça.”   Le temps qui défile au bas de l’écran et le minutage des séquences affiché ajoutent à la tension dramatique et permet de mieux situer la saynète dans le contexte global.

L’équipe de Kung Fu Numérik réussit un autre bon coup en indexant des vidéos à l’intérieur d’un univers flash, permettant du même coup le partage et l’envoi de séquences séparées.  “Ça a été très complexe, et l’équipe de Kung Fu a réussi à sauver la mise!

Pour l’équipe de Zieuter, l’innovation ne se limite pas à la production: au moment de lancer le site, elle déploie un plan de mise en marché des plus novateurs.  “En termes de promotion, c’est très rare qu’un producteur s’implique à ce point,” précise Marquis-Rose.  C’est LaPresse Télé et Kung Fu qui ont développé le plan, et Radio-Canada, notre diffuseur, a embarqué”.

En plus de la mise en ligne d’un blogue “making-of” en amont, l’équipe crée les Zieuteurs Mobiles, qui arpentent stations de métro et événements et contribuent au “buzz” en allant à la rencontre de “voyeurs”.  “Les gens se plaçaient au bout de la boite et on leur montrait un petit film et on prenait leurs yeux en photo.  Ils pouvaient ensuite aller sur le site se reconnaître.

Les participants se voient également remettre une originale cagoule (made in Quebec!) qui a connu beaucoup de succès.  “Je me souvient au Igloo Fest, les gens rentraient par centaines avec nos cagoules…. C’était génial.

Environ un tiers du budget de promotion est consacré à ces opérations sauvages et virales.  Le reste est consacré à un plan média plus “traditionnel”:  bannières et “big boxes” investissent le web, et une campagne d’affichage sauvage tapisse la ville.  L’équipe fait également appel à deux relationistes de presse: une plus traditionnelle, une plus versée dans les médias sociaux.  Le résultat parle de lui-même.

Ce qui est génial, c’est qu’on a tenu le coup pendant trois semaines, s’enthousiasme Marquis-Rose.  Les opérations en amont nous ont permis de maintenir le ‘momentum’ très haut pendant les trois premières semaines de notre déploiement, qui s’échelonnait sur 4 semaines.

 

Leçons apprises

D’ailleurs, les avantages d’un déploiement à courte échéance sont parmi les leçons que tire Marquis-Rose de son expérience ‘zieutéenne’: ”On a vraiment trippé sur le déploiement de 4 semaines.  Des trucs trop étirés, trop longs, les gens oublient tellement vite sur le web.  Les gens oublient vite en général, sur le web c’est pire.  Mon prochain projet va se déployer sur cinq semaines”, confie-t-il.

L’importance du développement est également très claire à ses yeux.  “Maintenant, avec le FMC, on peut développer.  Tout est une question de temps.  Plus t’as de temps, meilleur va être ton projet, c’est sûr.

Zieuter.tv aura en outre permis au jeune producteur de réaliser combien une approche de travail qui lui était naturelle s’avérait porteuse dans l’univers des nouveaux médias. “J’adore la création en collégialité, et les réalisateurs et scénaristes traditionnels sont vraiment pas habitués à ça.  Cette collégialité, au début j’essayais de la créer, de la gérer, c’était essai-erreur… Mais là je suis beaucoup plus confiant là-dessus et je l’installe dès le départ. J’ai confirmé des choses, je sais comment gérer l’intervention de tous.